Des start-up aux GAFA, tout le monde s’intéresse aux données de santé
Des start-up aux GAFA, tout le monde s’intéresse aux données de santé

Des start-up aux GAFA, tout le monde s’intéresse aux données de santé

Les données de santé, ce sujet si sensible au niveau des Etats, est en réalité un marché en pleine expansion.

J’ai rencontré Sophie Martineau, Directrice Commerciale dans une société de l’e.Santé, qui a eu la gentillesse de partager avec moi (et avec vous !), ses connaissances sur ce marché, sur les forces en présence et ses perspectives d’évolution à court et moyen terme.

Le marché de la donnée de santé est en pleine expansion

Nicolas Constans : Qui est intéressé par ces données ?

Sophie Martineau : Tous ceux qui en ont besoin. A savoir, tous les industriels de santé : les laboratoires pharmaceutique et les MedTech. Les GAFA* aussi bien sûr, pour entraîner leurs algorithmes d’Intelligence Artificielle… Mais aussi les assureurs, pour mieux connaitre leurs assurés. Même si l’utilisation des données de santé en France est très réglementée par la CNIL et qu’ils n’ont pas le droit d’utiliser ces données pour calculer une prime de contrat d’assurance…

Les autorités sont aussi intéressées. Aujourd’hui l’HAS (Haute Autorité de Santé) et la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie), utilisent aussi des données de santé pour mieux comprendre la consommation des médicaments, par exemple, et compléter leurs travaux. Les syndicats de médecins ou de pharmaciens, tout comme les associations de patients, analysent toutes ces données pour mieux appréhender leur environnement. Bref, c’est un énorme marché !

Le modèle des GAFA

NC : Pourquoi les GAFA s’intéressent aux données de santé ?

SM : Les GAFA s’intéressent de plus en plus au marché de la santé, qui est devenu un marché stratégique – la crise sanitaire du COVID19 qui se déroule actuellement ne le démentira pas – et donc aux données de ce marché. Il y a de multiples exemples. 
L’exemple d’Amazon est particulièrement riche d’enseignement à ce sujet. En effet, cet hiver, Amazon a lancé son offre « Amazon Care » qui n’est déployée pour le moment qu’auprès de ses employés. 

Cette offre globale inclut la télémédecine, la pharmacie et l’assurance santé. Elle offre aux employés d’Amazon la possibilité de se soigner plus facilement grâce à leur smartphone. Amazon utilise Health Navigator, un logiciel d’aide au diagnostic et à l’orientation des patients grâce à l’Intelligence Artificielle. Ce procédé permet de tester et d’entrainer les algorithmes d’Amazon Care et il y a fort à parier que cette offre pourrait être proposée par la suite au grand public. Amazon Care ouvrirait ainsi un nouveau marché juteux et stratégique à Amazon. 

Prévention plutôt que curation, grâce aux objets connectés, c’est le nouvel enjeu

NC : Quel est l’enjeu de cette connaissance ?

SM : Notre environnement est de plus en plus envahi par de multiples objets connectés qui nous permettent de gérer plus facilement notre quotidien. Sur le marché de la santé, l’offre d’applications en tout genre est pléthorique. De la montre connectée qui va compter vos pas ou mesurer votre rythme cardiaque, à l’application qui va permettre de répondre à des questionnaires de santé ou encore à celles qui proposent des jeux interactifs pour suivre une pathologie donnée… Toutes ces applications gérèrent un nombre considérable de données de santé. La tendance est désormais d’aller vers des objets connectés pour détecter les maladies à un stade très précoce, voire prévenir ces pathologies

Le nouveau défi qui attend les laboratoires pharmaceutiques

Nous l’avons vu précédemment, grâce aux objets connectés, aux applications de santé disponibles et aux données de santé collectées, l’idée est désormais de mettre en place des services d’aide aux patients et aux professionnels de santé. L’objectif est ainsi de passer à la Médecine 4P. La Médecine 4P qu’est-ce que c’est ? C’est une médecine Personnalisée, Préventive, Prédictive et Participative. On passerait ainsi d’un mode curatif vers un mode plus préventif.

Ceci induit inévitablement un changement d’approche pour l’ensemble des acteurs de la santé et en particulier pour les industriels. C’est un enjeu de taille qui implique une véritable prise de conscience de cette évolution et nécessite de profondes transformations de leur business model. A ce stade, on peut se poser la question : est-ce que ces industriels ont réellement mis en œuvre les actions et intégré les innovations technologiques nécessaires pour répondre à ces enjeux ?  

La réponse est multiple et il existe une forte disparité entre les sociétés sur ce marché encore éclaté mais toujours profitable.  

Médecine de la Preuve

Outre le changement de business model, le marché doit aussi anticiper la nouvelle tendance forte. Il s’agit de la médecine de la Preuve et donc la Médecine 5P (médecine du 4P à laquelle on rajoute de P de Preuve). En effet, la médecine évolue et se fonde de plus en plus sur les preuves du service médical rendu aux patients, ce qu’on appelle le Value Based Medecine. 

Value Based Medecine

NC : Qu’est-ce que c’est que le Value Based Medecine?

SM : En deux mots, le principe du Value Based Medecine consiste à mesurer la valeur ajoutée d’une pratique médicale, d’une intervention ou d’un produit pharmaceutique, par l’amélioration de la durée de vie et/ou de la qualité de vie des patients. Donc plutôt que de rémunérer les praticiens à l’acte, ce sera sur la base de la qualité du service qu’ils rendent à leur patient. Aujourd’hui il y a beaucoup de travaux et de groupes de réflexion internationaux qui travaillent sur cette approche.

Ceci impliquerait un changement important de la pratique et nécessiterait de collecter l’avis des patients avant et après une intervention. Le digital pourrait grandement et facilement y contribuer. Des initiatives devraient voir le jour sur ces sujets dans les mois ou années à venir pour tester le modèle. 

La complexité réside dans la mesure

NC : Ce n’est pas un peu complexe à mesurer ? Comment on fait tout ça ?

SM : Comme nous l’avons évoqué précédemment, le numérique peut évidemment aider. Aujourd’hui, il est assez simple de demander à un patient de répondre à des questionnaires via SMS (puisque 95% des français possèdent un smartphone) ou via une application. Même si on prend le risque d’avoir moins de réponses de la part des patients plus âgés car ils utilisent moins facilement les applications que les plus jeunes… 

Au-delà de la collecte de données médicales pures, ce sont les données de qualité de vie qui représentent elles aussi un enjeu. Ces données sont essentielles afin que les patients puissent poursuivre leurs activités et contribuer à la vie de la société.

La qualité de vie au centre des données de santé

Donc connaître l’état de santé du patient, les effets secondaires d’un traitement et sa qualité de vie sont des paramètres indispensables. Ils doivent entrer dans l’équation quand un industriel développe un nouveau traitement ou un nouveau dispositif médical.

Si on intègre des objets connectés utiles pour connaître l’état de santé du patient, et si on lui soumet régulièrement des questionnaires et que l’on arrive à corréler toutes ces données, alors l’équation sera complète. C’est extrêmement important pour le système car cela permettra d’avoir des traitements qui sont de plus en plus efficients. 

NC : Qu’est-ce que ça va permettre de faire ?

SM : Envisager des traitements totalement personnalisés et efficaces, voire anticiper une pathologie et la corriger en amont.

*L’acronyme GAFA désigne les quatre entreprises les plus puissantes du monde, à savoir : Google, Apple, Facebook et Amazon. Ces géants du web possèdent un pouvoir économique et financier considérable (voire supérieur à celui de certains Etats).
Ces GAFA incarnent l’économie du XXIe siècle à l’ère du digital. L’acronyme devient GAFAM si l’on y rajoute Microsoft.

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